Je
n’ai pas lu le dernier Harry Potter. Aucun, d’ailleurs. Je n’ai
toujours pas vu « Bienvenue chez les Chtis ». « Le Seigneur des
anneaux » autant que « Star War » sont des trilogies qui me laissent
froid ! « Un brontosaure ? » direz-vous peut-être ! Mais non, car je
suis sur Facebook ! Et ça, vous l’avouerez, rattrape tout le reste,
non ?
On ne parle plus que de ce réseau
social né fin 2004, à l’initiative de cet étudiant de 23 ans nommé Mark
Zuckerberg. On dit même que ce réseau est aujourd’hui le plus grand au
monde. Sa croissance a été exponentielle (déjà 50 millions d’abonnés
fin 2005) et sa valeur marchande estimée, à tort ou à raison, à plus de
15 milliards de dollars (vous avez bien lu !!!).
Mais c’est quoi un réseau social ?
Les échanges entre personnes, via le net, utilisent depuis la
première heure, des outils de communications qui n’ont cessé d’évoluer
vers plus de connectivité. Initialement, chaque usage était séparé.
Chat, email, forum… réclamaient chacun un logiciel spécifique. L’étape
actuelle, celle des réseaux sociaux, consiste en l’utilisation
régulière (pour certains, c’est une fois par jour, mais pour d’autres,
cela peut aller jusqu’à la connexion en temps réel…) d’une interface
qui permet simultanément la présentation personnelle des abonnés via
une page profil, l’usage d’une messagerie interne au réseau, la
capacité de participer à des forums et de partager des ressources
(photos, vidéos, fichiers) au sein d’une communauté d’utilisateurs,
privée ou publique, et dédiée ou non à une thématique. Ainsi, à côté
des grands réseaux sociaux célèbres (Facebook donc, mais aussi
Friendster, MySpace, Orkut…) il en existe de très confidentiels,
auxquels vous n’adhèrerez que si vous êtes invités par un membre, et où
l’on ne débat que de problématique spécifique… ce qui fut longtemps le
propre des « communautés virtuelles en ligne ».
Au sein des réseaux sociaux, Facebook décline un
concept très original. Au départ, Mark Zuckerberg s’est plu à proposer
un outil d’agrégation entre les promus de son université. Au « book »
que l’on publie classiquement avec les trombines de tous ceux qui
appartiennent à la promotion d’une année d’étude, Mark Zuckerberg a
substitué une version en ligne. Le concept a fait fureur au sein
d’autres universités avant de se développer d’une manière beaucoup plus
libre dans d’autres milieux. Le phénomène n’est pas nouveau : MySpace,
initialement créé dans le monde de la musique pour permettre à des
groupes de se présenter et promouvoir leurs productions, s’est lui
aussi, vu détourné au profit d’un large public d’individus, cette fois,
désireux de faire leur propre promotion.
MySpace, Facebook, Friendster même combat ?
Oui, en quelque sorte, tous ces réseaux sociaux sont
des outils de relations publiques. Aujourd’hui, on s’expose de plus en
plus… Tout le monde veut, d’une certaine façon « passer à la télé »,
devenir « Star d’un soir ». Internet revendique donc sa part de
médiatisation, tout autant que le petit écran… Et c’est drôlement plus
simple. Il suffit en effet de s’inscrire soi-même. C’est gratuit. Et on
n’est jamais refusé au casting. Qu’est-ce qui fait alors la différence
entre tel ou tel réseau ? On ne peut nier la « tendance du moment » qui
vous fera plutôt choisir celui-ci que celui-là. MySpace a été
l’incontournable pendant tout un temps… mais l’interface était orientée
musique et tout le monde n’est pas musicien ! Facebook autorise
d’autres usages (lire les encadrés), pas nécessairement plus
attractifs… mais voilà… le marketing aidant, et la forte médiatisation
dont il a fait l’objet, ont rendu Facebook plus célèbre. Il y a eu dès
lors migration… Jusqu’à ce que se produise prochainement une nouvelle
vague vers un nouveau support branché qui offrira d’autres
potentialités auxquelles on ne songe pas encore aujourd’hui.
Car c’est là le défi des réseaux : parvenir à maintenir
l’attrait des membres. Pressentir et développer les nouveaux usages.
Incorporer chez soi, plutôt que de laisser se développer ailleurs, les
nouvelles applications logicielles qui continueront d’accrocher
l’internaute curieux. C’est d’ailleurs la force et la faiblesse de
Facebook : les jeunes développeurs d’applications courent derrière la
notoriété du réseau. Ils cherchent à s’y faire un nom et à pomper du
système tout ce qu’ils peuvent pendant qu’il est porteur… Mais ils sont
contraints de réaliser leur développement selon la technologie
spécifique de Facebook dont les spécialistes disent qu’elle n’est pas
très ouverte. Viendra bien un moment où certains d’entre eux feront
cavaliers seuls pour proposer un nouvel univers.
Happée comme dans un « trou noir »
" Clic " qui fait de l’animation de jeunes autour de la
problématique des blogs a elle-même dû subir les assauts de son
entourage qui lui reprochait de ne pas s’être encore inscrite. Elle a
donc entrepris une expérience de 40 jours (et de 40 nuits – normal !),
se promettant bien de n’y pas souscrire plus longuement… Que
voulez-vous, on ne parle bien que de ce qu’on connaît et qu’on pratique
un peu, non ? Alors, pour suivre les conversations des jeunes et les
guider dans cet univers impitoyable… fallait bien essayer. Mais voilà…
après y avoir goûté, il semble que Clic n’en démorde pas. Bien qu’elle
affirme ne pas trouver grande utilité ou amusement sur ce type de site,
elle n’a pas quitté la place pour autant. En fait, son explication est
plus prosaïque : " Une fois qu’on a investi la place et que " des
connaissances " ont commencé à vous pister et à tagguer (commenter) vos
propos, vos photos… il y a une sorte de discours amorcé à votre sujet
duquel vous ne pouvez plus vous désolidariser sauf à laisser les gens
s’exprimer à votre propos sans plus aucun contrôle de votre part ".
Voilà qui rejoint ce que l’on dit aujourd’hui de plus en plus de
l’identité numérique : la meilleure façon de ne pas la laisser se
construire par d’autres, c’est de la produire vous-mêmes, sans négliger
de vous assurer que les propos qui vous concernent et qui circulent ne
vous mettent pas dans l’embarras ! Impossible aujourd’hui d’éviter
cette préoccupation de la notoriété… nous sommes tous devenus, d’une
façon ou d’une autre, des personnages publics.
Exemples d’applications Facebookiennes ?
Quel alcoolique êtes vous ?
Grâce (ou à cause) de ce questionnaire, tu sauras
désormais si tu finiras dans un hôpital perfusé de partout ( oui oui
partout ) pour tes abus liquides ou bien simplement dans la rue, au
chômage ainsi qu’aux alcooliques anonymes ( repas gratuits faut en
profiter ). Tu recevras en effet la réponse… et tous tes « amis » aussi. Ainsi la personne qui m’envoie ce test à la c…itronnade s’affiche désormais sur sa page : « Alcoolique casanier ». Chapeau !
Quel sous-vêtement êtes-vous ?
Au test suivant (hautement introspectif, avouez-le !), la réponse affichée est : « Une guépière rouge et noire ».
Et que dira par exemple l’employeur qui serait à deux doigts d’engager
cette personne qui postulera peut-être dans quelques mois pour un
emploi ? Certes, tout n’est pas irréversible dans l’affichage de ce
genre d’info sur sa page. Mais les conséquences de leur effacement
peuvent parfois être inattendues autant que désagréables.
Quel est votre état civil ?
Elle circule sur Internet cette anecdote d’un abonné de Facebook qui
commence par révéler dans son profil qu’il est engagé avec « une
telle » dans une relation affective. Mais voilà que l’internaute se
ravise en se disant que ce genre de renseignement n’intéresse
finalement que sa sphère privée. Il supprime donc ce renseignement de
son profil et valide son nouveau statut. Mais que retient et affiche le
système : « X n’est plus avec une telle »… message transmis à tout son réseau d’amis !!! Bonjour la séance d’explications avec la dulcinée malmenée.
Facebook, vitrine de potaches, donc ? Pas si sûr ! En
effet, c’est l’usage qui est déterminant. Z’ed pose la question sur son
blog : « Qu’est-ce que je fais de pro sur Facebook ? [1] ». Et de fait, il y a des appropriations professionnelles possibles.
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Géniaux, les Groupes
Facebook est réputé pour sa capacité à mettre les gens
en connexion. Si tout le monde peut en être, tout le monde doit pouvoir
s’y rencontrer… et parmi la masse informe des internautes lambda, il
doit être possible de retrouver des visages perdus de longue date, ou
de rassembler des partenaires qui collaborent par ailleurs dans la real
live. Anciens élèves ? C’est la fonction initiale qui avait justifié la
création du réseau. Et ça marche ! Combien de membres compte le groupe
d’anciens de votre école ? Vous ne le savez pas ! Mais alors, vous
n’êtes pas encore inscrit !? Et dans votre localité, combien de groupes
ou d’associations déjà présentes sur Facebook… utilisent la fonction « Créez votre événement et informez-en vos connaissances » ?
Certes, d’autres outils spécifiques (agenda, mailing list, forum)
étaient déjà utilisés pour interagir sur le net… mais développer cette
pratique désormais à l’intérieur de l’univers Facebook, c’est
démultiplier la dynamique. Anciennement, en effet, vous deviez inviter
les candidats à se faire membres de vos communautés en ligne ou à
s’inscrire dans vos mailing-listes. Aujourd’hui, il suffit de créer
celles-ci dans l’espace virtuel dont tous sont déjà membres. Certains
choisissent Facebook. D’autres optent pour Second life. De là à ce que les deux univers convergent… il n’y a peut-être que quelques mois à attendre.
Réglage de vos paramètres « confidentialité ».
Si Facebook pose problème, c’est notamment concernant
le respect des données personnelles. En effet, si l’usage d’un réseau
social peut aisément se concevoir entre proches (famille, amis), la
mise en ligne publique de données privées telle que la pratique
Facebook est autrement plus insidieuse. Rappelons-nous que l’interface
Facebook, est, comme beaucoup d’autres sites de type web 2.0, une
coquille vide. Sa plus-value éditoriale est en fait la masse des
contributions de ses utilisateurs. Ce qui fait le caractère vivant et
attractif d’une page d’abonné, ce sont les applications qui permettent
les interactions entre les membres du réseau. Le système de base en
prévoit un certain nombre, installées « de série » : bénéficier d’une
messagerie, partager des photos, afficher sa liste d’amis. Pour les
« options », vous devez télécharger des plugs-in selon votre envie… Ces
multiples applications associées sont, elles, développées par des
informaticiens indépendants. Leur catalogue thématique est vaste. Il
est prudent toutefois de vous montrer critiques face à cette masse de
gadgets mangeurs de temps tout autant que d’intimité. Sans doute
faut-il y voir le point le plus sensible de l’armada Facebook [2]
. C’est à vous que revient la responsabilité de souscrire ou non à ces
propositions. Et les conditions d’adhésion sont bien libellées (mais
qui y prête attention et les comprend). Opter pour l’installation d’une
application en lien avec votre profil passe premièrement par le partage
de vos coordonnées personnelles réseau [3]
avec le concepteur de l’application. Première occasion de dérive ! Et
puis, une fois l’application installée, il vous est régulièrement
proposé d’en ouvrir l’usage à vos amis (c’est comme ça que vous-mêmes
en avez été souvent informé) par un simple clic (souvent activé par
distraction) avant de valider par exemple, l’ouverture du message qui
clôture la démarche d’installation ! En toute bonne logique, la
délivrance de données personnelles vers les membres du réseau ne
devrait se faire que si l’utilisateur en fait la demande explicite
(opt-in : si je ne le demande pas explicitement, c’est non !). Or, tous
les réglages par défaut sont, à l’inverse, ouverts à la publication
(opt-out : par défaut, c’est oui !), Sauf si l’utilisateur pense à en
modifier les paramètres. Certes donc, tous les usages créés par
l’interface peuvent être canalisés… Encore faut-il le savoir et opérer
les changements (onglet « Confidentialité », en haut à droite de
l’écran).
Pas étonnant alors, de s’apercevoir, (comme l’a fait à ses dépends quelqu’un qui n’a visiblement pas compris ce qui se passait [4]),
qu’une application que vous téléchargez dans votre profil peut,
l’instant d’après, être proposée à tout votre carnet d’adresse Outlook,
Hotmail ou Yahoo…. parce que vous avez précédemment accepté
imprudemment d’inviter de nouveaux amis en connectant Facebook à vos
listes de contacts personnels et que le système a mémorisé le code
d’accès à ces serveurs mail ! Par la magie – noire - de l’opt-out, sans
lecture attentive de ce que vous validez d’un clic, des tas de
renseignements privés se mettent alors à circuler sur le net, sans plus
de capacité de contrôle de votre part.
Des exemples
Voici des messages d’avertissement auxquels on
n’accorde généralement pas l’attention suffisante. Exemple pour Funwall
(mais valable pour toute application associée de Facebook)
Facebook n’a pas approuvé, accepté ou validé les
Applications de la Plate-forme de quelque manière que ce soit ; nous ne
sommes pas responsables de votre utilisation ou de votre incapacité à
utiliser des Applications de la Plate-forme, ni du contenu, de la
fiabilité ou de l’exactitude d’une telle Application et des pratiques
relatives à la vie privée ou d’autres pratiques mises en œuvre par les
Développeurs. VOUS ÊTES SEUL RESPONSABLE DE L’UTILISATION DE CES
APPLICATIONS DE LA PLATE-FORME.
FunWall n’a pas été créée par Facebook. En cliquant sur
Ajouter, vous acceptez également les Conditions d’utilisation des
applications de la plate-forme. En utilisant FunWall, vous acceptez les
Conditions d’utilisations de FunWall.
Il est de votre responsabilité de visiter régulièrement le Site afin de
prendre connaissance des éventuelles modifications apportées aux
Conditions d’utilisation.
Etude de cas
Funwall [5]
permet à vos amis l’affichage de vidéos sur votre profil. Rappelons
immédiatement que vous êtes totalement responsable de ce qui y est
affiché, par vous-mêmes et par quiconque. Or, il arrive que vous ayez
mal choisi vos « amis » sur le réseau (par souci de grande popularité
sans doute) et que ceux-ci vous imposent des vidéos au contenu pas très
chouette ! A l’usage, il apparaît que vous ne pouvez pas bloquer cette
application, car le développeur ne l’a pas prévu. Mieux vaudrait en
avoir été averti (dans l’esprit « opt-in ») quitte à ne pas installer
alors cette application sur votre profil (quitte à vous désolidariser
des 2 189 994 utilisateurs actuels). Avouez, il en faut de la
personnalité pour être responsable et dire « non merci » !
Voici ce qu’en disent certains utilisateurs malmenés (Traduit de l’anglais) :
Combien de personnes négligentes qui ne
se sont plus connectées depuis un certain temps à leur profil
n’ont-elles pas eu la désagréable surprise de constater que leur profil
s’était mué en écran pornographique, du fait de l’affichage de vidéos
au contenu indésirable ? (…)
Un bouton de validation devrait être
ajouté à l’application. Nous avons notre mot à dire quant au contenu
affiché sur notre profil. Prenez exemple sur Youtube. S’y trouve
l’option d’autoriser ou non les commentaires et autres contributions.
L’affichage se fait uniquement après validation.
Par Simon Fraser
Merci pour le feedback, Ryan. Bonne suggestion que nous devrions implémenter dans un proche avenir !
Par Brian Leung, de l’équipe de conception (UCLA) qui a répondu au message de Ryan
Peut-être que les concepteurs de Fun
Wall pourraient revoir leur programme de sorte qu’il y ait validation
avant l’entrée d’une vidéo dans la base de données, notamment en
imposant l’usage d’une catégorisation (adulte réservé, contenu violent,
érotique…) et la possibilité pour celui qui a installé l’application
d’écarter les contenus attribués à ces catégories tendancieuses.
Par Louise Bialik (London) qui a répondu à propos de message de Brianil
|
Michel Berhin - 15 juillet 2008
[1] http://www.ed-productions.com/leszed/index.php ?qu-est-ce-que-je-fais-avec-facebook
[2] Voir la très critique vidéo postée à l’adresse : http://fr.youtube.com/watch ?v=3ZzP_69ZTFk&e17T09%3A54%3A00%2B02%3A00
[3]
Certes, pas votre mail, votre téléphone ou votre URL de site perso…
mais bien tout ce qui fait votre profil d’internaute relié : liste
d’amis, goûts avoués… des infos très recherchées par les services
marketing online.
[4] Lire http://www.kelblog.com/2007/10/facebook-le-tou.html
[5] photo disponible : http://www.facebook.com/apps/application.php ?id=2378983609&ref=s