Home > J’ai essayé pour vous le « Premier colloque wikipédia »

J’ai essayé pour vous le « Premier colloque wikipédia »

Tags:  

Organisé à l’initiative de Wikimédia France.

Paris, Cité des Sciences, 19 octobre 2007. L’équipe qui fait l’accueil est hétérogène, sans doute à l’image des membres de Wikimédia France. Ils se connaissent, certes et font preuve d’une certaine coordination, mais ils ne font pas corps comme les membres d’une même entreprise ou d’une société commerciale. C’est qu’ils viennent chacun de leur horizon, utilisateurs-contributeurs qu’ils sont d’abord et avant tout de l’encyclopédie. Leur appartenance à Wikimédia France leur donne une responsabilité particulière dans l’organisation de ces deux journées, mais à part cela, ce sont des internautes comme vous et moi. Le colloque sera à l’image de l’encyclopédie : démocratique et collaboratif.

Les ordinateurs prévus pour l’enregistrement des participants ne sont pas là. Qu’importe. On travaillera donc avec le classique duo papier/crayon. Par ici l’entrée… c’est dans cette salle que se donneront les conférences. Le colloque démarre avec un auditoire clairsemé : environ 80 personnes (Attendait-on plus de monde comme l’indiquerait le nombre de badges et de CD démo non encore distribués ?). Mot d’accueil par Pierre-Yves Beaudouin, le président de Wikimédia France. D’entrée de jeu, la parole circule. Très vite, elle est donnée à un premier intervenant, ingénieur agronome de formation, ancien agriculteur et par ailleurs animateur de développement territorial, lequel brosse un historique de Wikipédia depuis la création du concept par Jimmy Wales et Larry Sanger (USA).
Prenant comme point de repère chronologique, les années 2000-2004, il aborde les structurations successives que se sont données les communautés d’utilisateurs, selon les régimes linguistiques auxquels ils appartiennent (allemand, puis français, notamment) : la mise sur pied des Wikimedia associations (aujourd’hui au nombre de 10 dans le monde). Chacune de ces associations est indépendante et non assujettie à l’entreprise commerciale du fondateur. Aucune n’est non plus responsable des contenus diffusés par le site collaboratif. Elles sont donc des communautés structurées d’utilisateurs mus par l’envie de dynamiser plus le concept et de le faire mieux connaître. C’est dans ce sens que l’association française propose les deux journées de réflexion de ce mois d’octobre.

Pourquoi un colloque ?

Les questions qui se posent aujourd’hui concernent la validation des contenus, le « sourçage ». Si, de l’avis de l’intervenant, le projet encyclopédique est extraordinaire, il faut malgré tout reconnaître que les observateurs de plus en plus nombreux réclament qu’il fasse la preuve de sa fiabilité. Trop d’a priori sont négatifs à ce sujet. La mobilisation de ceux qui y croient doit être orientée vers cette exigence de validation. Rassembler des forces vives et des moyens financiers autour de cette priorité sont au centre de la tenue de ce premier colloque parisien. Le président de Wikimédia France reprend la parole pour présenter plus en détails cette mission de l’association française : promouvoir les différents projets liés à l’encyclopédie , acquérir de nouveaux contenus, aider à la diffusion du libre, recruter et former de nouveaux contributeurs, partager l’expertise de ses membres. En effet, si l’association structurée en association 1901 (ASBL) est composée de membres qui se sont mobilisés d’initiative, leur cohésion les pousse au devant de la scène : organisation de conférences, participations à des salons, rencontres dans des espaces numériques publiques, rédaction de documents de sensibilisation et d’initiation, statuts de porte-parole vis-à-vis de la justice ou des médias, lors de faits de société impliquant l’encyclopédie , etc. Wikimédia France se donne aussi comme mission (car le mandat ne vient pas des fondateurs) la recherche de nouveaux contenus à publier sous licence libre (Sources IGN, ESA…, mais aussi la couverture photo d’événements ou de concepts) et la numérisation de contenus déjà publiés, notamment au sein du projet Wikisource. Son souci est également de promouvoir tout projet de diffusion des contenus existants sous tous supports (Cds…) qui permettent la généralisation des usages auprès de publics non connectés, ou dans des versions stables et labellisées, notamment au bénéfice de l’enseignement (Projet Wikipédia 1.0 inauguré en Angleterre – voir jour 2). Le jeu des questions/réponses qui fait suite aux deux premières interventions évoque les modalités d’émergence pour toute nouvelle association Wikimédia, l’indépendance réelle ou relative par rapport aux fondateurs, la politique de neutralité qui prévaut dans l’acceptation des contenus et les questions liées aux sources de financement. Ajoutant pour être complet qu’une troisième intervenante a également apporté sa contribution dans cette séance d’ouverture, en expliquant son mandat à l’international, afin de participer à la coordination effective entre les Associations Wikimédia respectives et au soutien à la création de nouvelles, là où on le souhaite.

C’est Valérie Chansigaud qui présente ensuite les projets périphériques, liés à l’encyclopédie (lire note 1) et Pierre-Yves Beaudouin qui développe plus particulièrement Wikisource. Ce ne sont pas moins de 60.000 pages, 3400 livres, 1300 auteurs, 7000 poèmes et 189 discours officiels auxquels s’adjoignent des documents juridiques et une foule de chansons et articles de journaux. La logique est bien comprise : numériser le plus grand nombre de contenus existants et validés, pour les proposer, en licence libre, au plus large public. Si vous n’aviez pas encore compris que Wikipédia est fille issue du monde du logiciel libre, la démonstration en est ici faite. Et pour se faire, l’association française a besoin de vous, de nous : de l’énergie de travail, du bénévolat et de l’argent. La matinée se clôture sur cette question qui semble recevoir une réponse affirmative : oui, si vous versez à Wikimédia France, non seulement vous êtes sûr que l’argent ne va pas dans la poche du consortium américain fondateur, mais en plus, vous devriez pouvoir le défalquer de vos impôts.

Séminaires décentralisés

L’après midi, trois ateliers sont proposés qui tentent chacun de répondre à une question : Un réseau d’experts est-il envisageable pour accroître la crédibilité de l’encyclopédie et garantir une plus grande fiabilité de ses contenus ? Wikipédia peut-il s’inscrire comme outil et comme pratique dans le monde de l’éducation? Quelles modalités envisager pour la mise en place d’un processus simple, efficace et démocratique de validation des contenus d’un ouvrage collaboratif grand public ? Pour vous, lecteurs, nous avons testé : Wikipédia et le monde de l’éducation.

Vingt-trois personnes ont investi l’auditoire où se tient le séminaire n°2 : des enseignants, des chercheurs, des formateurs, des contributeurs lambda. La séance est animée par Michèle Dreschler, inspectrice de l’Education nationale qui aurait du intervenir en binôme avec Laure Endrizzi ingénieure documentaliste à l’INRP, laquelle est bloquée en province, suite aux mouvements de grève qui animent les transports en commun.
Le premier tour de table permet un inventaire des pratiques que les personnes présentes ont de wikipédia, en lien avec leurs objectifs pédagogiques. On découvre ainsi que pour l’un, Wikipédia est la meilleure interface qu’il connaisse par rapport à toutes les autres encyclopédies en ligne, qu’un autre apprécie particulièrement la mise à jour rapide des contenus, qu’un troisième s’en sert comme base de recherche documentaire et pour poser la question de l’origine des sources dans une séquence d’apprentissage méthodologique avec ses élèves. Qu’on apprécie particulièrement la page « Discuter » qui n’existe pas dans les autres encyclopédies. Que la dimension collaborative est une spécificité remarquable. Très vite apparaît aussi que l’outil de support, le wiki, est lui aussi très courtisé, quitte à ce que se soit dans un projet personnel développé en local avec la même technologie. Mais il y a des objections ou, du moins, l’aveu de limites.

Enquêtes et expérimentations

Pour relancer la réflexion, les chiffres d’une enquête  sont alors présentés qui illustrent que les plus grands consommateurs de l’encyclopédie sont les moins de dix-neuf ans et les plus de soixante-cinq ans. L’assemblée cherche à s’expliquer cette audience assez inattendue. Les avis sont partagés et personne ne semble recueillir l’unanimité. Une réalité émerge cependant : la technologie basique du wiki fait pléthore auprès de ceux qui ne maîtrisent encore que peu les Tices. Fort de ce constat, on invite un nouvel intervenant à venir présenter son projet : Vikidia : une encyclopédie collaborative pour et par les 8-14 ans. C’est en Allemagne que le projet a débuté en 2004. Mais il est resté sans suite. En 2006 aux Pays-Bas, à l’initiative d’enseignants, Vikikids nourrit la même intuition. Le projet français élargit l’audimat : en dix mois, ce sont 2000 articles qui sont rédigés, sur base d’une adhésion de plus ou moins 350 inscrits dont un tiers seraient contributeurs. Certains articles sont écrits collaborativement par des classes. Beaucoup de contributions aussi, ne dépassent pas le statut d’ébauche. Des adultes apportent également leur contribution. Aujourd’hui, ils sont sans doute la moitié de ceux qui alimentent le site. Un tiers sont des ados, plus âgés donc que le public cible de Vikidia. Le reste est la production de ceux qui étaient pressentis à l’origine du projet : les 8-14 ans. Si l’observation du chantier pédagogique ne permet pas d’identifier de participants massifs et prédominants, on doit savoir qu’il est porté par le travail plus actif d’administrateurs : trois lycéens, deux profs et de cinq autres adultes. Dans ce premier cas de terrain, cas d’école, aurait-on envie de dire, ce sont les élèves qui sont invités à collaborer. Le second exemple présenté est un wikiprojet pour et par les enseignants. D’où son nom : Wikiprofs. Il a démarré dans un établissement scolaire, à l’initiative d’enseignants d’histoire-géo (pour un tiers) et s’est développé autant au niveau collège que lycée. Les aspects pédagogiques particulièrement porteurs sont évoqués par un diaporama projeté. Numérique, l’outil permet une production « propre, soignée ». Outil de partage, le wiki encourage les échanges entre élèves. L’usage de la syntaxe wiki force l’apprentissage et le respect de règles dans l’expression. Public, le site rend immédiatement visibles les progrès et l’avancement des apprentissages. Collaboratif, il cultive on-ne-peut mieux la dimension travail de groupe. Cumulatif, il donne le droit à l’erreur (fondamental en pédagogie) et motive à la correction. Dans la foulée de ce témoignage, d’autres exemples du recours à la technologie wiki sont présentés, dont notamment Wikiman de la wikischule allemande. Se pose à tous la question de savoir comment intégrer dans le cadre pédagogique cette expérience du wiki si positivement décrite par les quelques pionniers venus témoigner.

Une dernière fois, la parole circule en un tour de table pour entendre les avis de chacun sur l’apport de cet atelier. Pêle-mêle, il s’exprime encore beaucoup d’interrogations. Et si, plutôt que d’apporter des réponses, l’après-midi avait permis de se poser les bonnes questions : l’école est-elle en mesure d’intégrer cette technologie (on évoque des problèmes techniques, mais sont-ils réels ?), la pédagogie de s’y adapter (c’est sans doute là que se situent les freins les plus paralysants) ? S’il est si facile d’encoder, qu’en est-il de la fiabilité des contenus (le groupe rejoint en cela les préoccupations débattues par les autres ateliers) ? Les cadres de l’école, chefs d’établissement mais aussi inspecteurs et animateurs pédagogiques, veulent-ils cette mutation ? Ne sont-ils pas les premiers à devoir être convertis au changement de paradigme ? Le plus gros obstacle à l’émergence des wikis à l’école, n’est-il pas aussi le lobbing du monde de l’édition scolaire : les manuels ? Les acteurs de cet échange un peu déforcé par l’absence de Laure Endrizzi qui devait l‘animer aux côtés de sa collègue se quittent en mentionnant toute une série de dates et de lieux où la réflexion pourra être prolongée (sites en ligne comme Educnet , mais aussi colloques comme celui de l’ORME  ou le salon Educatice ).

Samedi soir était proposée une table-ronde  autour du rapport entre numérique et culture. Elle a donné la parole à quatre intervenants issus d’horizons assez différents. Si l’éclairage multiple était recherché pour sa richesse, il a aussi montré qu’il pouvait être source de préoccupations peu convergentes. Le débat que nous ne relayons pas ici, puisque pas centré sur l’encyclopédie, n’a pas vraiment démarré, les prises de position restant assez juxtaposées les unes aux autres.

Sésamath aussi

S’il s’avère que l’on travaille mieux au saut du lit, on reconnaîtra qu’à nouveau comme la veille, c’est la matinée qui a proposé les interventions les plus riches. Quatre intervenants ont apporté des points de vue contrastés et très complémentaires. A d’abord été présenté un projet en ligne appelé Sesamath . Certes, celui-ci n’utilise pas la technologie wiki, mais il est construit sur les mêmes éléments collaboratifs et pose les mêmes questions de validation des contenus et de détermination des experts sensés intervenir pour se faire. L’intervenant constate que l’individualisme de l’enseignant français fait encore des ravages. Il freine la production de contenus mis en partage et renâcle face à la correction par les pairs, qui est pourtant source d’un enrichissement indéniable. En conséquence, si le site connaît des développements honorables, il y en a toujours pour se complaire à pointer des manquements ou des faiblesses. En contrepoint, l’orateur insiste sur ce qu’il nomme la méthode de « la fausse position » qui s’apparente à la démarche « par essai et erreur ». C’est une méthode de petits pas qui intègre les ajustements systématiques et permet de progresser, si on veut bien être modeste et confiant. Tout le monde dans l’assemblée voit le parallèle avec Wikipédia. Si le site était initialement prévu pour augmenter la collaboration entre les professeurs de mathématiques de l’hexagone, il est aujourd’hui consulté par les élèves et les familles qui interpellent les auteurs de contenus. Et ce, même au niveau international… Et cela change la donne ! Là aussi, le développement de wikipédia se reconnaît. Et le questionnement des profs de math est semblable à celui des encyclopédistes : Quel modèle économique mettre en place pour continuer et se développer ? Ne faudrait-il pas produire des versions stabilisées de certains pans du contenu toujours en réécriture ? D’où cette réflexion entamée avec un éditeur scolaire pour la production d’un manuel Sésamath publié sous licence libre, bien sûr, et vendu à prix quasi coûtant (11 euros). 70.000 exemplaires vendus la première année. 100.000 la seconde. Le concept fait éclater le principe du bénévolat qui le sous-tendait. Aujourd’hui, Sésamath a obtenu du Ministère de l’Education le détachement d’un poste temps plein. Et l’année prochaine d’un second.

Derrière les modalités de fonctionnement, la présentation met en lumière le changement du rapport au savoir, pour les enseignants et pour les élèves. « Se tromper, c’est encore apprendre » est une ligne de force du projet. A la question posée de savoir ce qui a permis l’émergence de cette collaboration, l’intervenant reconnaît que le réseau des profs de math est un des plus anciens et des plus actifs. Et puis, dit-il : « Il n’y a pas de droit d’auteur sur le théorème de Pythagore ». Au delà de la boutade, on entend là un élément décisif à prendre en compte avec beaucoup de sérieux ! Sésamath est bien en route. Il tourne selon sa devise : « Modestement, mais résolument ». Applaudissements dans la salle.

Wikipedia1.0

Le second intervenant, d’origine anglaise, se fera l’écho d’une réflexion toute en maturation dans la communauté wikipédienne : la production de versions stabilisées et labellisées de l’encyclopédie, pour des communautés non connectées , ou mises en partage par la technologie peer to peer (Bit torrent). La réflexion peut paraître étrange au sein d’une communauté collaborative toujours à la recherche de nouvelles contributions et dans une démarche permanente de correction par les pairs. Mais il s’agit bien ici de prendre en compte la demande d’un public touché par la fracture numérique. Rappelons que wikipédia est fille du monde du logiciel libre. Son souci d’atteindre le plus grand nombre, et notamment parmi les désavantagés du marché mondial, est un de ses soucis permanents. L’intervenant propose un historique des divers projets de publications, tant en langue anglaise qu’en allemand ou en polonais. La difficulté réside dans le choix des articles, la sélection de leur version dans l’historique de production de chacun d’eux, par la préalable validation du contenu et tous les problèmes liés à la manufacturisation. Certaines tâches sont envisagées aujourd’hui grâce au recours à des bots (des séquences programmées automatisées). L’orateur renvoie –et nous aussi- à la page du « Journal des modifications  » qui montre l’avancée du projet.

Des études et articles

Autre temps fort de cette seconde matinée, le relevé commenté des différentes études internationales dont wikipédia a fait l’objet et l’inventaire, par là même, des principales critiques adressées au projet. Impossible ici de se faire l’écho de la masse des travaux évoqués en langue anglaise et française. L’orateur a promis la mise en ligne de ces transparents. Nous vous y renvoyons. Quelques remarques, cependant. Une étude de « Nature » compare le degré de fiabilité entre Wikipédia et Britannica, par l’examen de 50 articles tirés au sort. Wikipédia comporterait 32% d’erreur en plus…. Mais Britannica est loin d’être indemne de toute critique. A la question « Qui écrit dans Wikipédia », une autre étude répond que 500 contributeurs sont les rédacteurs d’une bonne moitié de l’ouvrage… les autres étant des contributeurs de passage. Autre publication encore, autre questionnement : Wikipédia, qui a connu une montée en puissance  jusqu’en 2003, serait sur la pente descendante : le phénomène va-t-il s’éroder de lui-même ? Ces quelques notes ne rapportent pas toute la richesse de cette intervention très technique, mais comportant aussi une grosse part d’évocations statistiques dont la fiabilité liée à une méthodologie rigoureuse n’a pu être développée.

Indicateurs de qualité

La matinée s’est terminée avec une présentation qui renouvellera peut-être le visuel de l’encyclopédie, dans un avenir proche. En lien avec le questionnement sur la validation des contenus, il a été proposé un marquage de la fiabilité des articles, selon un certain nombre d’indicateurs. Le conférencier a déballé à l’écran une série de tags sous forme de camemberts qui pourraient à l’avenir figurer en marge de chaque page-article. La validation de contenu passant par l’expertise humaine, l’orateur développe trois méthodes possibles. L’évaluation peut être manuelle (comme aujourd’hui le consensus sur les 1652 articles déclarés « articles de qualité » parmi les 2.053.815 articles de l’encyclopédie (soit 0,08%).Elle pourrait aussi être produite automatiquement (par le recours au calcul métrique de qualité) ou encore se faire par vote du lecteur. Le statut d’article de qualité pose le problème de l’expert qui valide et du suivi d’un article toujours susceptible de mises à jour ultérieures. La programmation, elle, prendrait en compte divers indicateurs, (il existe aujourd’hui des classifications supervisées prenant en compte divers critères d’observation)… mais il y a un risque d’être un peu trop binaire : bon/pas bon. De plus, il n’est pas sûr que le résultat permette une appréciation qui rejoigne les attentes de chacun. En effet, une cotation doit encore être interprétée en fonction des besoins de l’utilisateur de l’article. Reste la votation, comme diraient nos amis suisses. Les tags présentés illustrent diverses préoccupations : la qualité liée au nombre de contributeurs ayant participé à la rédaction de l’article, une évaluation de la ligne temporelle (y a-t-il eu des événements notables dans l’historique de rédaction), la forme même de l’article (mise en page, suivi, liens internes et externes) et les apports de la page « discussion » qui lui est liée. Tous ces éléments génèreraient des tags spécifiques lesquels auraient le mérite d’attirer l’attention sur la nécessité pour l’utilisateur de rester critique. En effet, quelle que soit la cotation obtenue, elle réclame l’adhésion (croyance) du lecteur, laquelle passe alors par la validation du processus de cotation. Finalement, conclura l’orateur, le mérite est d’être schématique et de laisser la responsabilité finale de l’interprétation des indices à l’utilisateur. Une sage conclusion qui ravit mes oreilles de formateur en éducation aux médias.

Retour d’ateliers

L’après midi du second jour a permis la mise en commun des trois séminaires de la veille. Celui sur l’éducation a été présenté plus haut. L’atelier qui traitait de l’expertise n’a pas donné tout le rendement attendu car les organisateurs se sont vite rendu compte que les participants présents étaient contributeurs récents ou peu expérimentés de l’interface, et pas encore conscients de ce qui se trame ou se met en place autour de la problématique. Mais la rencontre a permis d’ouvrir des pistes de réflexion qui mériteraient un développement ultérieur. Ainsi, la question d’identifier les experts, celle de définir la vulgarisation des savoirs et les enjeux de société qu’il y a à diffuser plus largement les savoirs de quelques uns. La question aussi d’une neutralité de point de vue mêlée à une intégrité d’opinion. Le dernier séminaire parlait de validation de contenu. Il ressort que la manière de poser la question a fortement évolué ces dernières années. Internet change d‘ailleurs la donne, à ce sujet. Et sans doute, en conséquence, imagine-t-on plus une post évaluation qu’une pré-évaluation aujourd’hui. Il a été également rappelé l’intuition du projet Sésamath : « Pour sécuriser, plutôt que de refermer le système, assurément il faut l’ouvrir ! ».

Panel final

C’est une vaste assemblée qui clôturera collégialement les débats. Quelques idées fondamentales ont émergé à cette occasion :  On ne changera pas Wikipédia sans les wikipédiens. Quoiqu’en pensent certains, fort attachés au processus permanent d’évolution, une demande de version stabilisée a été exprimée par un grand nombre. Quelles que soient les bonnes idées que l’on peut avoir, elles ne seront applicables que dans une mise en œuvre simple et démocratique, le propre de l’encyclopédie. Il y a sans aucun doute des efforts pédagogiques à faire pour initier au fonctionnement de l’interface et éveiller à la dimension critique d’éducation aux médias. On a aussi insisté sur ce qui pourrait s’appeler « vérité procédurale » qui ne se comprend que quand on sait comment fonctionne l’interface qui la produit. Et il a aussi été énoncé un constat que l’on pourrait reprendre ici en guise de chute et de morale : « Wikipédia, ça fonctionne en pratique, mais pas en théorie ». Deux jours d’une intensité qui était un peu laborieuse à construire, mais prometteurs de lendemains collaboratifs, les participants se donnant rendez-vous, à tout le moins sur la toile.
 

0 Comments  Show recent to old
Post a comment


 RSS of this page

Le portfolio d'un formateur en Education aux Médias