Mono-neuronaux, mono-syllabiques
S’abstenir
Ouvrir un espace public de discussion sur Internet, c’est parier sur le bon sens et la générosité des futurs intervenants. Une chance incroyable de participation globale de « la base » à la réflexion de toute une association ou un mouvement. Un lieu de parole qu’il faut toutefois pouvoir « modérer », pour éviter tout dérapage.
Julie Allard est responsable de la communication à la FNPF. Elle a eu dans ses attributions, l’animation et la modération des deux forums qui furent installés sur le site internet des Patros féminins pour permettre à tous les membres d’intervenir publiquement.
C’est le C.A. (Conseil d’administration) de la Fédé qui avait pris cette option de communication et en avait confié la charge à son animatrice. Mais, c’est évident, tout forum deviendra ce que ses utilisateurs en feront. C’est notamment pour cela qu’une modération doit être mise en place. Il s’agit bien d’un espace à animer, à réguler. Le mot d’accueil était explicite : « Nous comptons sur toi pour rester poli et ne pas faire d'agression personnelle. Essaye, tant que possible, de ne pas sortir du thème… Pour chaque forum, une personne est chargée de le réglementer. Elle a le droit de supprimer les interventions qui ne respecteraient pas les personnes et les règles du jeu. Bonne discussion ! »
Après l’expérience de plusieurs mois de vie, l’interface est revue et corrigée : seul un forum est maintenu, modéré désormais par Jacky Quintart, secrétaire fédéral. La raison est simple : un lieu suffit. De plus, il ne s’agit pas de débattre dans cet espace virtuel, de choses personnelles et/ou techniques qui trouvent plus logiquement leur traitement dans un contact direct avec les permanents, via le téléphone ou la poste, par exemple.
Ambiguïtés
Sur le site, initialement donc, deux possibilités d’intervention étaient offertes : un forum « Généralités » et un « Forum du mois » qui traitait d’un sujet proposé par l’animatrice, en lien avec la vie des sections. Durant les mois d’été, l’an dernier, les participants ont ainsi évoqué « L’infirmerie au camp ». Sur ce sujet… pas de chaudes querelles, ni de propos incendiaires ! Mais des niveaux de parole créant parfois la confusion. A tel point que ce qui n’était qu’un trait d’humour dût être identifié comme tel… sous peine de faire dériver le débat ! Voilà la première difficulté d’un forum virtuel. S’y expriment parfois des gens qui ne se connaissent pas et qui ne peuvent donc apprécier ce que la personnalité des uns et le non-verbal des autres permettraient de décoder correctement en présentiel. Certains espaces virtuels autorisent l’adjonction de trombines (smileys) qui tempèrent la verve des propos. Quand « La Lune, infirmier en chef » écrivit « Chez nous, c'est très simple : on souffre en silence... Pas question de commencer à gémir, à réclamer papa ou maman ou des aspirines… Si vraiment la douleur est intolérable et que les jérémiades commencent à vraiment indisposer les copains (et surtout les animateurs), c'est la mise en quarantaine... », il apposat une trombine évocatrice…. Néanmoins des lecteurs s’inquiétèrent, jusqu’à ce que Nicolas, qui connaît bien l‘auteur du « joke », recadre l’intervention. « Ouf » répond un autre qui croyait que les propos étaient factuels !
Thème anodin… et déjà des interférences! Que dire alors, du thème du mois suivant : « Les relations mixtes au sein des staffs ». Joke, demi-mots, second degré et allusions tendancieuses… risquent, dans un cas pareil, de mettre à mal la vigilance de la modératrice qui devra agiter le mouchoir… voire intervenir plus pratiquement.
A la question de savoir si, depuis son ouverture, le forum avait connu des situations de dérapage, Julie répond : « Oui, deux cas résument bien ces dérapages : Certaines personnes avaient envoyé des messages relatant leur dernière beuverie. Nous avons décidé de supprimer ces messages. Et puis un groupe de membres qui se sont rencontrés lors d’une activité fédérale du Patro avaientt décidé d’ « entretenir » le forum et d’écrire « le plus de messages possibles ». Ils voulaient, dans un laps de temps très court, arriver à écrire 1000 messages. Cela a énormément encombré notre forum !!! »
:-)))
Philippe Ladame est, lui aussi, modérateur d’un forum en ligne. Il exerce son art sur le très officiel : fr.education.media. S’il est parfois déçu du piètre usage que font certains de ce qu’il considère comme un bien collectif, comme modérateur, il n’est jamais intervenu pour dire à un auteur : « Dans l'article que vous avez envoyé pour publication dans le forum vous dites blabla, je pense que vous devriez plutôt dire blabli. Si vous acceptez cette modification, je publie l'article.» Il ne dit pas qu’il ne le fera jamais. Mais en tout cas il ne l’a jamais fait. « J'entends par là, dit Philippe, que ce n'est certainement pas l'essence de la modération que de chercher à orienter les propos de tel ou tel. C’est au lecteur de se concentrer sur les interventions intéressantes et, le cas échéant, de participer aux fils de ces discussions, ignorant simplement les éructations des pollueurs ». Le choix de fr.education.media est que chaque « post » est mis en ligne par le modérateur. Ph. Ladame commente : « La modération introduit un délai dans la publication qui freine les dérives du type "tac au tac" où l'on en vient rapidement à se comporter, par bêtise ou par jeu, en mono-neuronal mono-syllabique. En contre-partie, ce délai freine aussi des échanges de qualité. En cela, la modération n'est pas forcément la panacée. Les interventions moralisatrices sur le forum sont généralement inefficaces, et participent même, d'une certaine manière, à la pollution. Je pense qu'à part rappeler de temps en temps la charte du forum et quelques notions basiques de nétiquette, le reste ne peut être qu'affaire de tri à la lecture. »